
Ce n’est pas le genre d’histoire de football qui s’accompagne habituellement de feux d’artifice.
Pas de campagne de teasing spectaculaire. Pas de vidéos de révélation mystérieuses. Pas de passage soudain à un logo ultra-minimaliste conçu pour « choquer » les supporters. Une simple annonce : le Deportivo devient Deportivo de A Coruña, et son blason est modifié en conséquence.
Cette combinaison est plus importante qu’il n’y paraît.
Pendant des années, le club a vécu avec une légère incohérence entre son identité et sa situation géographique. La ville utilise officiellement A Coruña en galicien, un nom adopté en 1998. Le club, cependant, a continué d’utiliser Deportivo La Coruña dans la plupart des contextes internationaux. Cela n’a pas empêché le club de jouer, mais cela paraissait toujours un peu décalé, comme un panneau qui n’aurait pas été mis à jour après un changement de nom de rue.
C’est désormais chose faite.
Non pas remplacé, mais corrigé.
La mise à jour du logo s’inscrit dans la même veine, et c’est sans doute son aspect le plus intéressant.
Car les clubs modernes empruntent souvent une voie évidente : simplifier au maximum, supprimer les ornements. On privilégie un logo géométrique épuré, adaptable aux applications, aux tenues et aux avatars des réseaux sociaux. Certains clubs optent pour cette solution, avec parfois succès. D’autres fois, le logo semble avoir perdu de sa personnalité au profit de la compatibilité.
Le Deportivo évite soigneusement ce débat.
L’écusson ressemble toujours à celui du Deportivo. Rien que ça suffira à rassurer beaucoup de supporters avant même qu’ils ne s’y intéressent de plus près.
Puis les détails commencent à apparaître, mais pas de façon ordonnée. Ils se révèlent de manière irrégulière, un peu comme si l’on remarquait des détails en observant un maillot imprimé sous différents éclairages.
Le texte à l’intérieur de l’écusson est désormais différent, plus centré, moins décalé. Cela ne crie pas « nouveau design », mais cela donne à la forme une impression de plus grande stabilité. Le genre de modification qu’on ne remarque peut-être pas au premier abord, mais qui paraîtrait certainement étrange si elle n’avait pas été faite.
Ensuite, les éléments plus anciens font leur retour au lieu de disparaître.
Les fleurs de floron réintègrent la composition. C’est une approche inhabituelle dans le branding des clubs de football actuellement. La tendance a longtemps été inverse : supprimer les éléments décoratifs jusqu’à ne conserver que la géométrie de base. Ici, le club s’appuie sur son histoire au lieu de la dénaturer.
La croix a également été retravaillée avec un style serif plus traditionnel, et la structure annulaire autour de l’écusson central a été affinée au lieu d’être simplifiée à l’extrême.
Il est intéressant de constater comment la sobriété se manifeste ici d’une manière différente. Non pas une sobriété excessive, mais une sobriété mesurée.
L’un des détails les plus discrets, mais aussi les plus significatifs, se situe en dehors du centre évident de l’écusson.
Un motif diagonal évoquant la Torre de Hércules est intégré à l’identité visuelle. Ce phare est l’un de ces monuments emblématiques de la ville, dont la portée dépasse le simple cadre du football. Il ne s’agit pas d’un simple élément décoratif lié à la géographie. Il fait partie intégrante de la mémoire visuelle de la ville.
Et le club ne le transforme pas en une illustration littérale. Pas de symbole de phare ostentatoire apposé sur l’écusson. Juste un motif. Quelque chose que l’on ne remarquerait peut-être même pas consciemment si on ne le lui signalait pas.
Ce choix est plus important qu’il n’y paraît.
Car il évite de surcharger le design.
Il y a aussi un aspect que la plupart des supporters percevront sans trop y penser : la typographie et les couleurs.
De nouvelles polices personnalisées, RCD Faro et Proa, sont intégrées au système. Pas de quoi faire les gros titres, certes, mais dans le branding moderne du football, c’est là que réside la véritable cohérence. Maillots, publications sur les réseaux sociaux, graphismes des matchs, campagnes numériques : le logo n’est qu’un élément d’un langage visuel bien plus vaste.
Les couleurs évoluent également, Dorado Dépor et Azul Dépor étant désormais plus précisément définies. Là encore, il ne s’agit pas d’une refonte complète, mais plutôt d’un peaufinage de l’existant.
Ce qui est intéressant, c’est que cela ne donne pas du tout l’impression d’une « réinitialisation de marque ».
On a plutôt le sentiment que le club s’est recentré sur lui-même et a décidé de ne pas s’éloigner davantage de son ancrage territorial et historique.
Le changement de nom lui-même va dans ce sens. Deportivo de A Coruña sonne tout simplement plus authentique. Moins traduit, plus direct. Plus local, sans avoir besoin de se justifier.
Certains clubs de football repensent leur logo pour lui donner une apparence plus internationale, plus neutre. Plus « moderne ».
Ici, c’est tout le contraire.
Cela paraît plus précis, pas moins.
C’est probablement pourquoi cette mise à jour est perçue différemment de nombreuses annonces similaires dans le domaine de l’image de marque des clubs de football. Elle ne demande pas aux supporters d’apprendre une nouvelle identité. Elle leur demande de reconnaître une identité légèrement réorientée.
Même club. Même logo au premier coup d’œil. Même souvenir pour la plupart des fans.
Juste un peu plus fidèle à ses origines.