Les sociétés de divertissement sont confrontées à un problème singulier lorsqu’elles perdurent dans le temps.
L’élément le plus reconnaissable par le public finit parfois par mieux refléter ce que l’entreprise *était* par le passé que ce qu’elle est *devenue*.
C’est à ce stade que se trouve aujourd’hui Workpoint Entertainment, après 37 ans d’existence. Le groupe médiatique thaïlandais a dévoilé un tout nouveau logo d’entreprise, abandonnant l’imagerie complexe liée à son passé au profit d’un symbole abstrait articulé autour de trois concepts bien plus vastes : le travail, le point et l’humain.
Il s’agit d’une rupture majeure.
Pendant des décennies, l’identité de Workpoint a été étroitement liée à « Nong Yoong », une icône inspirée du grenier à riz traditionnel situé devant les studios de Workpoint. Cela conférait à l’entreprise un atout que la plupart des identités visuelles peinent à créer : un symbole entretenant un lien physique réel avec l’organisation.
Le bâtiment existait bel et bien.
Le logo en gardait la mémoire.
Mais Workpoint n’est plus simplement un producteur de télévision opérant depuis un complexe de studios emblématique.
Depuis sa création en 1989, l’entreprise a diversifié ses activités : production télévisuelle, diffusion, événements, concerts, spectacles vivants, gestion d’artistes et autres domaines du divertissement. Sa nouvelle orientation stratégique élargit encore davantage cette définition, présentant le contenu non plus seulement comme un moyen d’attirer une audience, mais comme un outil capable de créer des opportunités pour les individus, les communautés et les entreprises.
Il est plus difficile pour un grenier à riz d’incarner tout cela.
Il a donc été abandonné.
Le nouveau logo commence, quant à lui, par le nom même de l’entreprise. Sa forme géométrique centrale repose sur un « W » stylisé pour « Work » (travail), symbolisant l’action, la créativité et le processus de création de valeur. Un point plein marque la transition vers la seconde moitié du nom « Workpoint » et peut être interprété comme un point de départ, une cible ou une destination.
En associant ces formes, une autre idée émerge.
L’humain.
L’intersection est conçue pour suggérer une présence humaine au cœur du symbole, reflétant la nouvelle priorité accordée par Workpoint aux personnes : elles constituent le point de départ des opportunités que l’entreprise souhaite voir naître au sein de ses activités médiatiques.
C’est beaucoup de philosophie à concentrer dans un simple « W » et un point.
Heureusement, le logo fonctionne visuellement sans que le spectateur ait besoin d’en saisir toutes les subtilités.
Sa structure de base est suffisamment simple pour se suffire à elle-même.
Cette simplicité est un atout précieux pour une entreprise dont l’identité ne se limite plus au seul univers de la télévision. Workpoint doit en effet s’adapter à des supports variés : habillages d’antenne, réseaux sociaux, écrans mobiles, plateformes de streaming, présentations d’entreprise, événements et espaces physiques.
L’ancien emblème incarnait parfaitement l’histoire de la marque.
Le nouveau, lui, s’adapte mieux à l’ère numérique.
C’est une démarche courante dans l’image de marque des médias modernes. Warner Bros. a maintes fois simplifié son célèbre blason au fil de ses évolutions entre cinéma, télévision et streaming, préservant l’élément central reconnaissable tout en éliminant les détails superflus en petit format. La BBC a adopté une approche encore plus rigoureuse : trois blocs d’une grande simplicité permettent d’identifier un immense groupe médiatique sur presque tous les supports, sans qu’il soit nécessaire d’évoquer directement la diffusion.
La nouvelle identité de Workpoint s’inscrit dans cette même logique.
Une entreprise de médias moderne n’a pas nécessairement besoin d’un logo qui évoque explicitement les médias.
Elle a besoin d’un logo capable de circuler à travers eux.
Cette refonte recèle toutefois une autre trouvaille : Workpoint ne s’est pas contenté de remplacer un ancien symbole plein de caractère par une géométrie institutionnelle avant de passer à autre chose.
L’entreprise a créé Wobby.
Cette nouvelle mascotte — un lapin blanc — prend en charge tout ce que le logo institutionnel évite délibérément. Wobby est doux, mignon, expressif et immédiatement attachant. Son nom commence par le « W » de Workpoint et joue sur l’idée d’un « copain » (*buddy*), positionnant le personnage comme un compagnon amical plutôt que comme un symbole institutionnel.
Le lapin véhicule également une symbolique liée aux commencements, à la croissance et à l’évolution vers la nouveauté.
Mais surtout, il est adorable.
Ce contraste est précieux.
Les refontes d’identité visuelle cherchent souvent à imposer à un seul logo des rôles incompatibles. Il doit paraître assez sérieux pour une présentation aux investisseurs, assez divertissant pour les réseaux sociaux, assez convivial pour les consommateurs et assez flexible pour côtoyer des dizaines de produits différents.
À terme, le symbole finit par être soit surchargé, soit désespérément neutre.
Workpoint a choisi de répartir ces rôles.
Le « W » géométrique peut s’adresser aux partenaires commerciaux.
Wobby peut faire signe à tout le monde.
C’est une approche étonnamment judicieuse pour une société de divertissement. L’utilisation de personnages pour incarner une marque a toujours eu sa place à la télévision, un milieu où les personnalités comptent et où le public noue des liens affectifs bien plus facilement qu’avec des logos d’entreprise abstraits.
Le lapin préserve une part de la chaleur perdue avec la disparition de Nong Yoong.
Parallèlement, le logo institutionnel peut adopter une sobriété accrue.
Cette répartition s’inscrit également dans la nouvelle philosophie de Workpoint : « Chaque TRAVAIL (*WORK*) a un SENS (*POINT*), chaque SENS crée des opportunités infinies. »
Cette phrase aurait aisément pu donner naissance à une identité trop littérale, saturée de flèches, de chemins ou de points rayonnants. Au lieu de cela, le système visuel réduit l’idée à ses éléments constitutifs essentiels.
W.
Point.
Personnage.
Le reste est laissé à l’entreprise qui les entoure.
Une simplification aussi radicale a inévitablement un coût.
Nong Yoong appartenait exclusivement à Workpoint. Un symbole d’entreprise géométrique doit exister dans un paysage visuel bien plus encombré, et les logos abstraits composés de lettres et de cercles sont monnaie courante.
L’histoire crée une identité unique presque automatiquement.
Le minimalisme, lui, doit la conquérir.
Mais cette nouvelle identité reflète également un véritable changement d’échelle. Workpoint ne présente pas ce changement d’image comme un simple exercice cosmétique lié à un anniversaire. Sa stratégie pour 2027 décrit une organisation qui dépasse le rôle traditionnel consistant à produire du contenu pour le diffuser auprès d’un public.
Le contenu devient le point de départ.
C’est à partir de là que peuvent naître l’attention, la confiance, les liens, les communautés et les opportunités commerciales.
Cela nécessite une identité suffisamment vaste pour englober des activités qui, à l’avenir, pourraient n’avoir que peu de rapport avec la société de télévision qu’était Workpoint en 1989.
L’ancien logo racontait l’histoire des origines de Workpoint.
Le nouveau, lui, reste délibérément plus ouvert quant aux directions futures possibles.
Quant à Wobby, il veille à ce que ce parcours ne se prenne pas trop au sérieux.
Après 37 ans, Workpoint a remplacé un élément emblématique de son histoire par un symbole qui invite davantage à la compréhension qu’à la simple mémorisation.
C’est un pari audacieux.
Mais pour une entreprise dont la nouvelle philosophie repose sur la transformation de chaque point en une nouvelle possibilité, laisser derrière soi l’ancienne grange est peut-être précisément l’objectif.
