Google a déjà tenté l’expérience.
Ses premières lunettes connectées ont fait sensation à leur époque. Le concept a fasciné. Un écran près des yeux, la navigation mains libres, des photos instantanées, des messages sans toucher son téléphone : une idée audacieuse et futuriste.
Mais futuriste et populaire sont deux choses bien différentes.
Lors du lancement initial, le grand public n’a jamais vraiment trouvé son public. Les lunettes paraissaient chères, avaient un design inhabituel et sont arrivées trop tôt pour que la plupart des gens en perçoivent le besoin. Beaucoup admiraient la technologie de loin, mais rares étaient ceux qui souhaitaient les porter au quotidien.
C’est pourquoi les dernières informations sont plus intéressantes qu’il n’y paraît. Les prochaines lunettes connectées de Google devraient arborer le logo Gucci grâce au partenariat de l’entreprise avec Kering Eyewear. On pourrait facilement y voir un simple argument marketing, mais cela pourrait bien résoudre l’un des principaux problèmes que la première version n’a jamais su régler :
Le style.
Les lunettes sont différentes de la plupart des appareils. Un téléphone passe la majeure partie de la journée dans une poche. Des écouteurs sont quasiment invisibles. Un ordinateur portable s’ouvre à la maison ou au bureau. Les lunettes restent sur le visage. Elles font partie intégrante de l’apparence dès qu’on les porte.
On les remarque immédiatement.
Cela signifie que le design est tout aussi important que le logiciel, voire plus. Si des lunettes ont une allure étrange, de nombreux acheteurs se désintéressent avant même d’entendre parler d’autonomie, d’appareil photo ou d’intelligence artificielle. Les consommateurs ne dissocient pas la fonction de l’apparence lorsqu’il s’agit d’un objet porté aussi près du visage.
Google l’a appris à ses dépens.
Une maison de couture comme Gucci comprend une autre facette de l’attrait d’un produit : la forme, la matière, le confort, les finitions, le statut social, l’image. Le logo Gucci lui-même est mondialement reconnu. Même ceux qui n’achètent jamais de produits de luxe savent ce qu’il représente. Dans les secteurs liés à l’apparence, ce type d’identité a un véritable pouvoir.
Pensez à des marques comme Ray-Ban ou Louis Vuitton. La marque, à elle seule, influence la perception qu’ont les gens d’un produit avant même qu’ils ne le touchent.
C’est un atout précieux pour Google, car les entreprises technologiques peinent souvent à s’imposer dans un secteur où le bon goût prime. Elles peuvent concevoir du matériel impressionnant, mais le style est une tout autre affaire. S’associer à une marque qui maîtrise déjà ce langage est donc une démarche judicieuse.
Bien sûr, la notoriété d’une marque ne fait pas tout.
Si les lunettes sont lourdes, ont une faible autonomie, soulèvent des problèmes de confidentialité ou sont tout simplement inutiles, aucun logo célèbre ne pourra les sauver. L’intérêt se suscite rapidement. La fidélité, elle, est plus difficile à obtenir. Le produit doit s’intégrer naturellement au quotidien.
Cela implique probablement des fonctionnalités simples et pratiques plutôt que des promesses tape-à-l’œil : des indications pour se repérer en ville, la traduction instantanée en voyage, des notifications discrètes, des appels mains libres, une assistance IA utile au bon moment, et non en permanence.
Les gens recherchent la simplicité, pas un projet scientifique.
Le moment est peut-être plus opportun qu’au moment de la première tentative. Les consommateurs sont déjà habitués aux objets connectés. Les montres connectées sont courantes, les écouteurs sans fil sont devenus indispensables et les assistants numériques ne paraissent plus étranges. L’idée des lunettes connectées est plus facilement acceptée qu’auparavant.
Ce changement est important.
Gucci y trouve également son compte. Les marques de luxe sont constamment à la recherche de nouvelles catégories pour maintenir leur visibilité et leur pertinence. Les lunettes connectées offrent les deux. Si le marché se développe, y participer dès le début pourrait s’avérer précieux.
Ainsi, ce partenariat apporte à chaque partie ce qui lui manquait. Google apporte la technologie. Gucci apporte le désir. L’une offre la fonctionnalité, l’autre l’aspiration.
Cette combinaison ne garantit pas le succès.
Mais elle donne à cette seconde tentative de meilleures chances que la première. Et pour Google, il s’agit peut-être de l’amélioration la plus importante de toutes.
