Le logo McLaren découvre une autre forme de vitesse

Le logo McLaren découvre une autre forme de vitesse

Pour une entreprise qui fabrique certaines des voitures les plus rapides au monde, McLaren a opté pour un nouveau logo étonnamment posé, loin de toute précipitation. Fini le lettrage épais et incliné ; place à une signature visuelle large et droite, qui rappellerait presque l’enseigne d’un atelier d’ingénierie d’autrefois. C’est d’ailleurs, peu ou prou, de là qu’elle provient.

McLaren a dévoilé ce design en septembre 2026, en s’inspirant de l’enseigne de la station-service d’Auckland tenue par les parents de Bruce McLaren. Ce lettrage est antérieur à l’écurie de course, aux supercars et aux célèbres monoplaces de Formule 1 orange. Une origine plutôt modeste pour une entreprise s’apprêtant à développer ses activités, mais ce nouveau logo possède davantage de caractère que n’en aurait offert une énième typographie aux angles agressifs.

Le nom est écrit presque entièrement en majuscules. Seule exception : la lettre « c », en minuscule et surélevée sur un fin trait horizontal. L’effet peut surprendre au premier abord, surtout entre les imposants « M » et « L », mais c’est précisément cette petite rupture qui rend le logo mémorable. Sans elle, le design ne serait qu’une banale succession de larges lettres sans empattement.

McLaren a conservé la disposition de l’enseigne originale du garage tout en redessinant la typographie pour l’adapter aux usages modernes. Les lettres sont plus épurées, l’espacement est plus étudié et l’entreprise a développé une police de caractères assortie, baptisée McLaren Sans, pour ses communications plus larges.

Cela marque une rupture nette avec le lettrage McLaren introduit en 1981. Ce dernier était massif, compact et incliné vers l’avant, dégageant cette énergie visuelle que les marques automobiles ont mis des décennies à chercher à obtenir. La nouvelle version ne semble pas particulièrement chercher à évoquer la vitesse ; elle laisse ce rôle aux voitures.

L’ancien emblème a une histoire intéressante, même si le logo n’a pas besoin de celle-ci pour fonctionner. Bruce McLaren a grandi près de la station-service de ses parents en Nouvelle-Zélande, apprenant la mécanique et restaurant une Austin 7 Ulster de 1929. Il a commencé à piloter cette voiture à l’adolescence avant de fonder l’écurie qui porte encore aujourd’hui son nom.

McLaren aurait pu faire revivre bon nombre de ses anciens emblèmes historiques. En optant plutôt pour la typographie de type « garage », la marque renoue avec une époque où le nom McLaren désignait un atelier familial plutôt qu’une entreprise internationale de sport automobile.

Cela ne signifie pas pour autant que les autres éléments de l’identité de la marque sont abandonnés. Le logo « Speedmark » aux lignes courbes demeure, tout comme le « Speedy Kiwi », symbole des racines néo-zélandaises de Bruce McLaren. L’orange papaye est également conservé. La palette de couleurs s’enrichit de nouvelles teintes, dont un bleu foncé baptisé « Midnight », offrant ainsi plus de possibilités à la division voitures de route sans altérer l’image familière de l’écurie de course.

Ce nouveau logotype est destiné à la fois à McLaren Automotive et à McLaren Racing. Cette typographie commune devrait renforcer le sentiment d’unité entre les deux entités, même lorsque leurs voitures, leurs vêtements et leurs supports promotionnels présentent des styles très différents.

L’exemple de Porsche est ici pertinent : son blason peut orner le capot avant tandis que le nom « Porsche » s’étire sur la poupe, sans que l’un ni l’autre ne semble incomplet en l’absence de l’autre. Ferrari jouit d’une liberté similaire avec son « Cheval cabré » et son logotype. McLaren disposait déjà d’un emblème reconnaissable ; cette refonte confère au nom lui-même un rôle plus distinctif.

La première voiture à arborer ce nouveau logo est la McL 6GT, dévoilée lors de la Monterey Car Week. À l’arrière, cette large inscription est particulièrement réussie, débarrassée de l’ancienne inclinaison vers l’avant. Elle s’intègre harmonieusement à la carrosserie sans entrer en concurrence avec les lignes du véhicule.

La McL 6GT entretient un lien particulier avec le passé de l’entreprise. Elle fait référence au projet M6GT de Bruce McLaren — une tentative de développer une voiture de route dérivée de ses activités de course, qui n’a jamais abouti à une production en série. Ce nouveau modèle marque également le retour d’une boîte de vitesses manuelle dans la gamme McLaren, une première depuis plus de trente ans. Les livraisons sont prévues pour 2028.

C’est une première apparition intéressante pour ce logo. Cette voiture renvoie à un projet inachevé des débuts de l’entreprise, tandis que l’emblème puise ses origines dans une époque encore plus reculée. Aucun des deux ne constitue une simple reproduction d’un ancien modèle McLaren.

Il faut également envisager un avenir bien plus vaste. McLaren a annoncé un investissement de 500 millions de livres sterling dans ses activités de production et d’ingénierie au Royaume-Uni, avec pour objectif de développer une gamme de véhicules plus étendue. Un SUV hautes performances figure parmi les projets à l’étude, et McLaren Racing prépare son retour dans les compétitions d’endurance de haut niveau.

L’entreprise, qui construisait autrefois des voitures de course avant de se faire connaître pour ses supercars biplaces, s’oriente vers un éventail d’activités plus large. Son logo devra s’adapter à d’autres supports que la poupe d’une voiture de sport basse à moteur central.

Cela explique en partie l’intérêt d’une typographie plus sobre. Elle peut figurer sur un véhicule, un bâtiment, une combinaison de pilote ou un petit élément graphique numérique sans nécessiter une forme complexe. Le symbole « Speedmark » reste disponible lorsque McLaren souhaite utiliser un emblème, tandis que le logotype peut porter le nom à lui seul.

Cette refonte permet également d’éviter un écueil courant dans l’identité visuelle automobile. Il n’y a aucune tentative de donner au logo une allure électrique, futuriste ou technologiquement plus avancée que le précédent. McLaren n’a pas ajouté de contour lumineux ni transformé les lettres en formes aérodynamiques abstraites ; la marque a renoué avec un emblème conçu à l’origine pour une station-service.

Le résultat est moins spectaculaire que l’ancien logotype, mais il présente un détail qu’aucun autre constructeur automobile ne peut revendiquer. Ce « c » minuscule en exposant n’évoque peut-être pas la vitesse, mais il confère au nom une silhouette reconnaissable et un lien avec l’atelier où Bruce McLaren a fait ses premières armes.

Pour une entreprise dont les archives regorgent de voitures célèbres, s’inspirer du garage familial est un choix inattendu. C’est aussi un rappel bienvenu : une marque axée sur la performance n’est pas tenue de donner à sa typographie une allure de course effrénée.